Aujourd’hui, on part à la découverte d’un lieu parisien. Si le format vous plaît, il paraît que Clélia va me commissionner pour vous faire une petite liste d’endroits à visiter ou tout simplement à aller voir durant un petit séjour à Paname. Alors, go, je me sens l’âme d’un guide touristique !

Pour débuter, j’ai décidé de tricher un peu (oui, déjà) et de vous présenter trois endroits au lieu d’un seul pour vous mieux parler de la Comédie-Française. Quand j’étais gamine, ces deux mots me vendaient du rêve, autant vous dire que lorsque j’ai débarqué à Paris pour suivre mes études, j’en ai profité pour aller voir des pièces dans ce lieu emblématique du théâtre français.

Mais commençons plutôt par le commencement :

Qu’est-ce que la Comédie-Française ?

La Comédie-Française ne date pas d’hier ! Elle est née en 1680 de la volonté de ce cher Louis XIV (oui oui, celui de Versailles), ce qui en fait l’un des plus vieux théâtres au monde. Pour vous replacer dans le contexte de l’époque, Molière est alors mort depuis sept ans, sa troupe est en concurrence avec celle de l’Hôtel de Bourgogne et surtout celle des Comédiens-Italiens (qui, comme leur nom l’indique, sont italiens et jouent une forme de théâtre venue d’Italie). Ces derniers ayant de plus en plus de succès, Louis XIV décide de fusionner l’ancienne troupe de Molière et celle de l’Hôtel de Bourgogne. Hop, tout ce beau monde doit travailler ensemble et se doter de statuts : la Comédie-Française. En effet, « Comédiens Français », c’est la façon dont on les appelle, par opposition aux Italiens (décidément). Officiellement, ils sont tout de même « Comédiens du Roi ».

À l’époque, la troupe des Comédiens Français se constituent un premier répertoire, c’est-à-dire une liste de pièces qu’ils peuvent jouer (et sur lesquelles ils ont d’ailleurs le monopole). On y trouve du Racine, du Corneille, du Scarron, du Rotrou, mais surtout du Molière. D’ailleurs, si le vieux dramaturge qu’on a tous étudié en classe est mort dès 1673, ça n’empêche pas les comédiens de se réclamer de lui. Encore aujourd’hui, la Comédie-Française est surnommée la « Maison de Molière ». Alors qu’il n’y a jamais mis les pieds, hein.

Je vous passe sur les détails de l’histoire de la Comédie-Française, jusqu’en 1799 du moins car c’est la date à laquelle la troupe s’installe dans une partie du Palais-Royal qui leur est allouée (un vieux palais au centre de Paris, ancienne demeure de princes ou de ministres). On y construit la « salle Richelieu » (retapée au XIXe siècle) qui est toujours l’endroit où on peut aller applaudir la troupe aujourd’hui.

C’est bien beau tout ça mais qu’est-ce que la Comédie-Française aujourd’hui ?

Hum, oui, mais c’était important de souligner l’ancienneté de la Comédie-Française pour bien vous montrer le prestige de cet établissement encore aujourd’hui.

À l’heure actuelle, il s’agit toujours d’un théâtre national public, un peu comme les musées nationaux : en gros, l’établissement est placé sous le patronage de l’État (même si dans les faits, le théâtre évolue en autonomie avec un conseil d’admininistration) et il touche des subventions. En échange, il a des missions de service public. Eh oui, son répertoire (sur lequel il n’a plus le monopole, je vous rassure) s’est élargi à plusieurs milliers de pièces, la Comédie-Française est chargée de continuer à les jouer et à les transmettre – tout en continuant à faire entrer de nouvelles créations au répertoire.

Au-delà, le théâtre accueille aussi des élèves comédiens et est chargé de s’ouvrir au plus large public possible : il faut bien l’avouer, cette dernière mission n’est pas la plus évidente quand on parle théâtre, mais on peut noter les efforts avec des tournées, des ouvertures à des classes…

La grande particularité du « Français », c’est qu’il possède une troupe permanente de comédiens. Les metteurs en scène n’ont qu’à piocher parmi eux pour monter les spectacles. Là encore, être pensionnaire ou sociétaire (les deux statuts possibles, les sociétaires ayant plus de pouvoir de décision au sein de l’administration, en gros), c’est quelque chose de très prestigieux. À l’heure actuelle, certains d’entre eux font aussi carrière au cinéma comme Denis Podalydès ou Guillaume Gallienne.

Et pour en revenir aux lieux, la troupe n’exerce plus uniquement dans leur salle mythique du Palais-Royal mais aussi dans deux autres endroits :

  • Le théâtre du Vieux-Colombier créé en 1913 est une salle légendaire du quartier de Saint-Germain-des-Prés où a notamment été créé Huis-Clos de Sartre. Racheté par l’Etat, il entre dans l’escarcelle de la Comédie-Française en 1993.

  • Une toute petite salle au sein de la galerie du Carrousel (au pied du Louvre), le Studio-Théâtre, ouvre en 1996.

Pourquoi faut-il y aller ?

Je ne peux que vous encourager à vous rendre sur place pour découvrir par vous-mêmes le bâtiment du Palais-Richelieu et surtout les pièces de théâtre qui s’y jouent tout au long de l’année (à l’exception notable d’une pause durant l’été). D’ailleurs, les raisons d’aller à la Comédie-Française ne manquent pas ! En voici quelques-unes :

  • Pour l’histoire du lieu. Mon résumé ne rend pas justice à l’histoire et à la beauté du lieu ! Quand on se rend à un spectacle de la Comédie-Française, on en prend plein les mirettes même avant le lever de rideau… D’ailleurs, il est possible d’aller visiter la salle Richelieu en dehors des pièces en compagnie d’un guide.
  • Pour la programmation de qualité. Il ne faut pas se mentir, la Comédie-Française offre un certain gage de qualité (même si ça ne l’empêche pas de se planter de temps en temps et qu’il existe bon nombre de très bonnes pièces en dehors bien sûr). Depuis l’arrivée à la tête de l’établissement du comédien Éric Ruf en 2014, les spectacles ont gagné en ambition et l’on tente de nouvelles choses passionnantes, qui dépoussièrent l’image que l’on pourrait avoir d’un des plus vieux théâtres du monde ! Cette année, La Règle du Jeu est un véritable ovni assez réjouissant, la machine du vaudeville fonctionne à merveille dans L’Hôtel du Libre-Echange et j’attends de vibrer à nouveau dans Arturo Ui (une reprise de l’année dernière).

  • Pour les spectacles variés. Normalement, il devrait y en avoir pour tous les goûts ! Non seulement on peut passer du classique à des textes beaucoup plus contemporains, mais en plus les formats eux-mêmes sont variés. Il est possible d’écouter des comédiens parler de leur métier ou faire des lectures de romans ou de poèmes, entres autres. J’avoue, mes préférées, ce sont les « Journées particulières » qui font voyager dans le temps en nous faisant revivre d’anciennes représentations de la Comédie-Française. Une bonne façon d’apprendre l’histoire du théâtre et de connaître des pièces quasi-inconnues aujourd’hui.

  • Pour le prix des places. Un gros plus dans ce théâtre national, c’est le prix des places ! Certes, les premiers rangs sont toujours assez chers, mais il est possible d’avoir des réductions considérables quand on a moins de 28 ans ou quand on accepte d’être placé un peu plus en hauteur, un peu derrière ou sur le côté (ce qui ne gâche en rien le plaisir). Il est même possible d’avoir des prix cassés dans les dernières minutes avant le spectacle. Sinon rabattez-vous sur le Vieux-Colombier ou le Studio-Théâtre, de vrais bons plans.

  • Et même en province et à l’étranger, on peut en profiter ! Nouveauté de l’année dernière : désormais certaines pièces sont filmées et diffusées au cinéma (dans les Gaumont-Pathé) un peu partout en France et à l’étranger (j’ai même testé à Montréal). Ça permet de découvrir ce théâtre même si on ne peut pas se déplacer à Paris – et en plus, on voit même mieux qu’au théâtre, tout bénéf’ !

Voilà, vous n’avez désormais plus d’excuses pour traîner des pieds ! Si vous y êtes déjà allé ou si vous comptez vous y rendre, surtout n’hésitez pas à me laisser un petit commentaire pour me parler de votre expérience (ou si vous avez une question ou un mot d’amour, je prends aussi). 

Pour en savoir plus :

 Ouverture des spectacles de la deuxième partie de saison (du 1er mars au 25 juillet 2018 inclus), pour la Salle Richelieu : mercredi 24 janvier à 11h. 

Pour connaître le calendrier 2018 et les pièces jouées : cliquez ici. 

Notre petite sélection pour cette saison : 
- La Résistible Ascension d'Arturo Ui
- Roméo et Juliette
- Le Petit-Maitre corrigé
- Britannicus

Plein tarif : entre 15 et 42 euros
-28 ans et demandeurs d'emploi : entre 10 et 19 euros
Dernière minute : 5 euros 

Site de la Comédie-Française

À très bientôt pour de nouvelles sorties parisiennes !

Rédigé par Adeline Pavie