Pourquoi la littérature jeunesse a-t-elle mauvaise réputation ?

Culture

Chers lecteurs,

À la rédac du blog, nous sommes clairement de grandes lectrices de littérature jeunesse. Et pourtant, on a largement dépassé l’âge… enfin, a priori. Il y a-t-il vraiment un âge pour lire de la littérature jeunesse ? Est-ce honteux d’en lire toujours à 26 ans ? Est-ce une littérature moins noble que la littérature classique ?

Ça fait beaucoup de questions… pas de panique, on va vous prouver qu’il n’y a aucune honte à lire de la littérature jeunesse, bien au contraire ! (et puis, à vrai dire, on lit CE QU’ON VEUT, même si votre truc c’est de lire les notices d’utilisation des extracteurs de jus, eh bien, c’est votre droit le plus strict, non mais oh ! 😉 ).

La littérature jeunesse, c’est quoi ?

La littérature jeunesse ou de jeunesse peut qualifier des ouvrages complètement différents, des albums aux romans jeunes adultes, en passant par les bandes dessinées ou les mangas. En fait, la seule chose qui les rapproche, c’est leur destination : c’est-à-dire qu’ils sont censés être lus par des jeunes, par des enfants. C’est le seul genre littéraire qui se définit non pas par ce qu’il est en tant qu’œuvre ou en tant qu’objet mais par son lectorat. Peu importe le contenu, les thèmes abordés ou les types de personnage.

Évidemment, c’est un peu flou comme définition et on va trouver en permanence des œuvres difficiles à classer. Ainsi, La Passe-Miroir, écrit plutôt pour la jeunesse puisqu’il a été présenté par son auteure, Christelle Dabos à un concours du premier roman jeunesse, a été publié dans une collection « adulte » destinée aux rayons « adultes » donc de nos librairies. S’il est lu par des « adultes », est-ce toujours un roman de littérature jeunesse ? À l’inverse, des textes considérés comme « adultes » ont été publiés dans des collections destinées aux enfants. On peut penser au Seigneur des Anneaux de Tolkien par exemple, ou encore aux Trois Mousquetaires d’Alexandre Dumas pourtant clairement destiné à un public adulte au moment de sa publication.

Quand est-ce qu’on arrête de lire de la littérature jeunesse ?

Une autre caractéristique de la littérature jeunesse, son « double lectorat », comme le définit la chercheuse Nathalie Prince. Elle s’adresse souvent à deux publics en même temps.

Bien souvent, c’est un adulte, que ce soit un parent, un professeur ou un bibliothécaire, qui va fournir le livre. Dans le cas de l’album, souvent destiné à très jeune public, c’est même lui qui va lire l’ouvrage à l’enfant, qui va donc servir d’intermédiaire. Il n’est donc pas rare de voir des textes qui s’adressent à ce double lectorat, et c’est aussi peut-être pour cette raison que l’on peut continuer à lire des livres jeunesse même très tardivement, on ne comprend pas l’intégralité du sous-texte dès la première lecture. Je vais citer deux exemples tout à fait opposés : Le Monde de Narnia d’un côté qui peut être vu comme l’histoire merveilleuse de jeunes enfants découvrant un monde fantastique et extraordinaire est aussi, pour un lecteur plus averti, une apologie du christianisme avec le lion qui est associé au Christ ; de l’autre, le cycle de Philip Pullman autour des Royaumes du Nord s’il peut aussi être lu comme un simple roman d’aventures est également une charge très sévère contre l’Eglise et pose des questions tout à fait pertinentes pour un lectorat plus âgé.

pourquoi la littérature jeunesse a-t-elle mauvaise réputation ?

Dernière caractéristique de la littérature de jeunesse, c’est celle de la mauvaise réputation de ce genre. Il existe une dévalorisation vraiment constante des auteurs de livre jeunesse. Ce mépris a trois causes, comme le définit Daniel Delbrassinne, dans le Mooc Littérature jeunesse de l’université de Liège :

  • La littérature jeunesse ne serait qu’un outil au service de l’apprentissage de la lecture ;

  • Elle serait trop conforme aux attentes éducatives. En gros, il serait impossible avec elle d’être subversif ou de remettre en cause notre société ;

  • Et il serait même abusif de parler de « littérature » car les capacités qu’on pense « limitées » du jeune lecteur empêcheraient toute forme d’art. Pour preuve, il existe de nombreux ouvrages de jeunesse qui sont des commandes de maisons d’édition et qui n’ont pas de qualité littéraire particulière, répétant en boucle des clichés pour continuer à vendre.

Évidemment, cette vision n’est pas recevable et témoigne surtout d’une méconnaissance de la littérature jeunesse telle qu’elle existe aujourd’hui ! Non seulement, il existe des livres uniquement conçus pour le divertissement dans la littérature adulte aussi, mais avec la multitude de livres jeunesse de qualité et originaux qui existent aujourd’hui, qui nous font réfléchir sur le monde qui nous entoure, nous emportent dans d’autres univers et sont particulièrement bien écrits par des auteurs qui touche à tout, ce mépris est non avenu.

Si nous aimons autant la littérature jeunesse, c’est pour la variété de ses thématiques, pour l’efficacité de ses histoires et l’imagination incroyable de ses auteurs.

Et Les auteurs et illustrateurs jeunesse, dans tout ÇA ?

Et pour finir, une chose importante à savoir : les auteurs et illustrateurs jeunesse ont besoin du soutien de tous les lecteurs, éditeurs, et professionnels du livre. Une grande période d’incertitude est à venir, notamment au regard des réformes sociales. Le statut juridique, fiscal et social des auteurs et illustrateurs jeunesse doit être défendu, tout comme leur rémunération pour toute intervention. Nous vous invitons à découvrir les travaux de la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse.

La Charte « milite pour que les créateurs perçoivent des rémunérations justes. Elle s’élève contre certaines pratiques éditoriales abu- sives, non conformes au droit, ou contraires aux termes des contrats signés entre auteurs et éditeurs : absence ou opacité des redditions de comptes, droits non versés, clauses léonines, provisions sur retours non réintégrées, etc. Si besoin, elle peut être amenée à envisager des actions collectives. La Charte œuvre également à la défense et à la clarification du mode de rémunération des auteurs lors des rencontres, lectures, ateliers dans les écoles, bibliothèques ou salons du livre, ainsi qu’à l’occasion de e-rencontres. Elle recommande des tarifs de rémunération, réévalués chaque année (indexés sur le coût de la vie).  »

 

Auteur, illustrateur et traducteur sont de vrais métiers et, à ce titre, la Charte défend et revendique des droits pour les exercer dans de bonnes et justes conditions. Et en tant que lectrices de littérature jeunesse, nous soutenons les revendications de la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse.

 

Pour aller plus loin : 

Mooc « Il était une fois la littérature pour la jeunesse », de l’université de Liège (plateforme Fun Mooc)

Nathalie Prince, La Littérature de jeunesse, Armand Colin

Francis Marcoin, Christian Chelebourg, La Littérature de jeunesse, Armand Colin

La Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse

PS : et si vous préférez le format vidéo, c’est par ici 😉

On espère que cet article vous a plus, n’hésitez pas à nous dire si ce format vous plait, et si, vous aussi, vous êtes fiers de lire de la littérature jeunesse !

À très vite,

Rédigé par Adeline et Clélia

Ecrit par :
Partager : Ils peuvent également vous plaire :

9 Commentaires

  1. lire les notices d’utilisation des extracteurs de jus tu m’as tuée xD
    article très intéressant, même si j’avais déjà vu ta vidéo ça m’a fait plaisir de le lire 🙂

  2. Je trouve que le même débat se pose avec le fantastique ou la fantaisie qui sont à peine reconnu comme un genre littéraire et bénéficie de peu de reconnaissance dans le milieu littéraire.

    • Cher Lecteur

      Oui c’est vrai tu as raison ! Un sujet à aborder dans un autre article 🙂

  3. Un très bel article, la littérature jeunesse n’est pas faite que pour les enfants et adolescents et il faut sortir des stéréotypes reçus !
    Merci pour tes explications et tes informations 🙂

  4. Bonjour Clélia, très contente de voir une nouvelle vidéo ! 🙂

    Sujet très intéressant d’ailleurs ! J’ai toujours trouvé qu’une oeuvre comme Harry Potter était d’une richesse folle et je trouve déplaisant le snobisme avec lequel certaines oeuvres de littérature jeunesse sont accueillies, alors même qu’elles participent grandement à la construction de notre identité.

    Tu me rappelles d’ailleurs qu’il faut vraiment que je lise Les Fiancés de l’hiver (ma petite soeur a lu et adoré ce livre suite aux nombreuses vidéos de booktubeuses ^^).

    • Cher Lecteur

      Bonjour Emilie ! 🙂 Merci beaucoup à toi, ça fait super plaisir ! Je partage totalement ton avis, le mépris et le snobisme à l’égard de la littérature jeunesse sont tout bonnement déplacés et témoignent vraiment d’une méconnaissance du genre !
      Oh oui Les Fiancés de l’hiver !!! d’ailleurs moi aussi il me reste le tome 3 à lire 😉

  5. Corentin

    Coucou !
    Cet article (et la vidéo aussi) est super intéressant. La littérature jeunesse est faite pour tout le monde tant qu’on y prend du plaisir. Malheureusement tout le monde ne le voit pas comme ça. Je pense à mon libraire par exemple. Il a toujours une tête étonnée à chaque fois que j’achète un livre jeunesse et me demande une fois sur deux si c’est pour offrir…
    Pourtant mon gros coup de cœur de ce début d’année est la trilogie « Nos âmes jumelles » qui a de quoi inspirer de nombreux livres « pour adultes ».

Ecrire un commentaire

Design made with ♥ by Romy