Chers lecteurs,

Quand j’étais gamine, le jour où je pouvais acheter un livre était un jour de fête. On allait en librairie, ma mère m’accordait généralement le droit de choisir un ou deux livres et je pouvais mettre des heures à errer dans les rayonnages à comparer les ouvrages pour être certaine de choisir le bon. C’était absurde car ma mère m’achetait très souvent des livres, mais il s’agissait d’un rituel. Un rituel d’autant plus agréable que je me sens bien dans une librairie, que j’y suis à l’aise et curieuse de tout.

Alors forcément, le Salon du livre de Paris (la ville où j’habite depuis huit ans), c’est toujours pour moi un petit événement que j’attends avec impatience à partir du moment où les dates sont officiellement annoncées. Je compte les jours. Paradoxalement, je ne fais jamais rien de spécial au Salon du livre, je passe la majeure partie du temps à errer dans les allées. Mais tout de même, je trépigne parce que je sais que je vais y prendre du plaisir.

Bon on ne va pas se mentir, la fête a bien failli être gâchée cette année. Heureusement, la mobilisation a fonctionné et les organisateurs ont accepté de payer les auteurs pour leur participation aux conférences. Un minimum, quoi.

Bref, pour cet article, je me suis demandée pourquoi j’aimais autant ce Salon du livre. C’est vrai, certains disent qu’il est trop grand, qu’il y a trop de monde, qu’il n’y a pas une bonne ambiance, qu’on n’y est pas bien accueilli, qu’il ressemble à une simple librairie géante ou qu’il est trop cher (sur ce point, d’ailleurs, je suis plutôt d’accord).

Mais précisément, c’est cette démesure que j’apprécie dans le Salon du livre de Paris. J’ai beau réitérer l’expérience toutes les années, je ne cesse de m’étonner d’être entourée de gens qui aiment lire et qui sont prêts à faire la queue pendant des heures pour avoir une seule signature de leur auteur préféré. J’adore toutes ces rencontres improbables : la cohue pour Gérard Depardieu à quelques mètres d’une autre pour Diana Gabaldon ; Guillaume Meurice qui dédicace non loin de Christelle Dabos ; le prix Goncourt Eric Vuillard assis en face d’auteurs complètement inconnus et qui discutent entre eux faute de lecteurs ; les gens qui jouent des coudes pour photographier Katherine Pancol et ceux qui font pareil avec Robin Hobb ; les auteurs de BD de Dargaud dans la même allée que les militaires du ministère de la Défense ; les stands immenses et les petits coins de table dans des stands communs ; les grosses maisons d’édition et les toutes petites, parfois un peu bizarres dont je comprends bien vite que la ligne éditoriale n’est pas pour moi ; ce moment où je tombe nez à nez sur un auteur incroyable au détour d’une allée où il n’y a personne ; les types qui se baladent sur le stand de Libération avec Le Figaro sous le bras. Et puis, il y a cet auteur que j’admire tellement que je n’ose pas aller lui parler (parce que je n’ai rien à lui faire signer), les félicitations que je tente de glisser à un auteur pendant une dédicace ou l’aveu que je n’ai jamais lu aucun de ses romans. D’autres où je regarde de loin les dédicaces en me demandant qui est cet auteur que je n’ai jamais vu mais qui attire autant de fidèles.

Bref, le Salon du Livre, c’est surtout ça pour moi. Je crois que je l’aime autant pour ses défauts que pour ses qualités.

Cette année, c’était un peu particulier pour moi : pour la première fois depuis longtemps, je ne travaillais pas le weekend et je pouvais même prendre mon vendredi. De plus, étant seule la majeure partie du temps, je pouvais faire ce que bon me semblait. J’ai donc décidé de m’y rendre durant deux jours (le vendredi et le dimanche) de 11h à 18h30 et de faire des choses que je n’avais jamais faites : j’ai donc assisté à des conférences, je suis allée papoter avec des auteurs, j’ai visité davantage les petits stands (notamment les régionaux) – même si j’ai quand même dû faire des choix. Je retiens la gentillesse des auteurs du Louvre insolent (Cécile Baron et François Ferrier), malheureusement bien seuls sur leur stand, qui m’ont parlé de leur livre avec enthousiasme et amour, l’accueil adorable (et un peu timide) de Jean Harambat qui a dessiné une dédicace splendide à Clélia et surtout l’échange passionnant avec une auteure du collectif Georgette Sand sur les grandes femmes qui ont marqué l’histoire (à deux mètres d’une auteure New Romance vers laquelle les lectrices se précipitaient).

Dédicace de Jean Harambat (Opération Copperhead)

Évidemment, tout ne m’a pas enthousiasmée. Les conférences, très variées, n’ont pas toujours eu le même intérêt. Celle consacrée au girl power dans la littérature Young Adult n’était pas vraiment à la hauteur de l’enjeu par exemple. Mais à l’inverse, j’en ai adoré d’autres, comme ces réflexions sur l’héritage de Mai 68, sur les rapports entre histoire et fiction ou encore ces entretiens avec trois auteurs : Marion Montaigne qui racontait ses aventures sur les traces de l’astronaute Thomas Pesquet ; Pierre Joliot Curie qui donnait une leçon d’empowerment à 86 ans et l’une de mes auteures préférées, Carole Martinez, qui racontait son parcours avec son talent de conteuse habituel.

Au terme de toutes ces heures passées au Salon, j’en suis parvenue à une conclusion. Il est à l’image de notre littérature et de notre société.

Il est à la fois un lieu d’échange extraordinaire mais aussi un endroit où l’on peut observer les hiérarchies entre genres ou entre maisons d’édition.

Je regrette de ne pas avoir vu Robin Hobb sur la plus grande scène ou ne pas avoir vu plus de femmes dans les conférences. Mais les choses changent, la variété des sujets aussi. Et le Salon du livre nous laisse la liberté de notre parcours dans ses allées.

Une chose est sûre, on en ressort enrichi. Au moins en nouveaux livres.

Rédigé par Adeline Pavie