Bonjour à toutes et à tous,

Le 10 avril dernier, nous avons eu la chance d’être invitées par le Musée Picasso de Paris pour découvrir leur dernière exposition Guernica.

Même si vous ne vous y connaissez pas en art, vous avez forcément déjà vu passer l’œuvre de ce nom. Une longue bande noire où se fracassent des corps humains, un cheval, un taureau, où des bouches hurlent dans une douleur absolue. Pour nous aujourd’hui, elle symbolise l’horreur de la guerre et ses reproductions sont partout, jusqu’au mur de la salle du Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations Unies.

Henri Baranger, « Pavillon espagnol, La Fontaine de Mercure et Guernica, 1937 »
Médiathèque de l’Architecture et du Patrimoine, Charenton-le-Pont

  • C’est quoi Guernica ?

Guernica est un petit village espagnol situé au Pays Basque. Le 26 avril 1937, elle est frappée par un bombardement, effectué par les avions de l’Allemagne nazie, envoyés pour soutenir le coup d’état militaire du général Franco. Ce dernier cherche alors à renverser la République espagnole, pourtant démocratiquement élue. Ce qu’il réussira finalement à faire en 1939 après une guerre civile terrible. Le bombardement de Guernica a immédiatement un écho international parce qu’il touche des civils et que les photographies de la ville en ruines choquent l’opinion publique. Malgré tout, les pays démocratiques, dont la France, refusent d’apporter leur aide aux Républicains espagnols.

Au même moment, une Exposition Internationale se prépare à Paris, elle doit avoir lieu à partir de juillet 1937 et rassembler des pavillons des pays du monde entier. Fin 1936, la République espagnole a déjà commandé une œuvre à l’un des artistes espagnols les plus connus du temps : Pablo Picasso, qui vit alors à Paris, est chargé de réaliser un tableau pour le bâtiment de l’Espagne. S’il prépare au début une toile sur le thème de l’artiste dans son atelier, il change d’avis au cours du mois d’avril. Le 1er mai, c’est le déclic. Cette toile, ce sera Guernica qui résume en 8 mètres sur 3,5 mètres toute l’horreur du bombardement de cette petite ville espagnole.

Anonyme, « La ville de Gernika en ruines après le bombardement du 26 avril 1937 »
Tirage non daté, Musée national Picasso-Paris
Cette photographie se trouvait dans les documents de Picasso

  • L’exposition Guernica du Musée Picasso

Le Musée Picasso a rencontré un problème majeur : Guernica, aujourd’hui au musée Reina Sofia de Madrid, n’est plus transportable. C’est donc une exposition sur Guernica mais sans Guernica, une gageure… plutôt réussie ! A l’entrée, une reproduction aux dimensions réelles nous donne une bonne idée de l’immensité et de la force de cette toile, ensuite évoquées à plusieurs reprises par des revisites d’artistes contemporains.

Grâce à des documents d’époque, aux archives de Picasso lui-même comme à ses esquisses et aux œuvres réalisées avant ou après ce moment important de sa carrière, le visiteur est plongé dans la fabrique de ce qui deviendra une icône. On vous résume les quatre leçons à retenir de l’exposition ? 🙂

  1. Guernica n’est pas le fruit d’un éclair de génie mais des recherches alors en cours de Picasso.

Guernica ne sort pas de nulle part ! L’artiste, très productif, a tendance à répéter les mêmes motifs d’un projet à l’autre, en les travaillant jusqu’à leur épuisement. Le cheval ou le taureau sont donc des animaux récurrents dans l’œuvre de Picasso. Les figures de personnages aux bras levés ou allongés à terre font aussi irrémédiablement penser aux Crucifixion. Picasso ne part pas de zéro.

Il a beau avoir réalisé Guernica en à peine un mois, cela ne l’a pas empêché de tâtonner : il a multiplié les esquisses préparatoires. Les photographies de sa compagne Dora Maar, prises tout au long du mois de mai, révèlent aussi que Picasso voulait que sa toile soit colorée. Pourquoi s’est-il ravisé et a-t-il finalement opté pour le noir et blanc ? Est-ce que pour correspondre aux témoignages des survivants du bombardement qui racontent qu’ils ont eu l’impression que la nuit était tombée en plein jour ? Est-ce parce qu’en regardant les photographies en noir et blanc de Dora Maar, il s’est rendu compte que son projet fonctionnait mieux sans couleur ? Le mystère demeure !

Dora Maar, Reportage sur l’évolution de Guernica, 1937,
Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofia

  1. Picasso un peintre espagnol

Pour préparer l’exposition, un immense travail a été effectué dans les archives Picasso pour répondre à une question : l’artiste était-il véritablement engagé politiquement en 1937 ? A-t-il soutenu le gouvernement de la République espagnole au-delà de la toile Guernica ?

La réponse est oui ! Picasso, qui vit depuis plus de trente ans à Paris, a conservé des liens forts avec son pays natal où vit encore sa famille. Au moment du coup d’état de Franco, il prend tout de suite parti pour la République et cherche à l’aider, notamment en récoltant de l’argent. Et une fois la victoire de Franco, il aide activement les réfugiés espagnols en France pour leur obtenir des papiers, des logements ou du matériel de travail. En tout cas, après Guernica, Picasso fait figure de pacifiste.

Pablo Picasso, Monument aux Espagnols morts pour la France,
Paris, 1946-1947
Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofia

 

  1. On ne naît pas icône, on le devient

Après Paris, Guernica fait une tournée, d’abord en Scandinavie puis en Angleterre. C’est à partir de ce moment-là que l’œuvre prend sa dimension universelle : on cherche à faire de la publicité pour faire venir le public dans les expositions !

Restée en dépôt à New-York en 1939 à cause du déclenchement de la guerre, elle circule aux États-Unis. Elle inspire les artistes américains pour lesquels elle devient une icône de l’art moderne ! En Espagne, Guernica devient le symbole de la résistance à Franco. Lorsque dans les années 1960, Franco manifeste l’envie de récupérer la toile, c’est un scandale. Picasso intervient en personne pour bien signaler son refus que l’œuvre ne rejoigne l’Espagne tant que le dictateur sera au pouvoir. La démocratie revenue suite à la mort de Franco, l’œuvre peut enfin rejoindre le pays natal de l’artiste en 1981. A ce moment-là, Guernica est devenue l’icône absolue, le manifeste pacifiste que l’on connaît aujourd’hui.

D’ailleurs, en 2003, lorsque le secrétaire d’état américain doit annoncer que son pays compte bombarder l’Irak au Conseil de sécurité de l’ONU, il demande à ce que la reproduction du tableau soit… recouverte d’un voile bleu !

Equipo Cronica, La Visita, 1969
Collection particulière
Réaction suite aux déclarations de Franco qui souhaite récupérer Guernica

  1. Le modèle à intégrer ou à rejeter ?

Aujourd’hui, Guernica est la référence incontournable pour les artistes contemporains… que ce soit pour l’intégrer ou la rejeter ! Elle est régulièrement invoquée pour dénoncer les conflits contemporains. Comme le disait Picasso, « non la peinture n’est pas faite pour décorer les appartements ; c’est un instrument de guerre offensive et défensive contre l’ennemi ». À méditer.

  • Mon avis sur l’exposition Guernica au Musée Picasso

J’ai énormément apprécié cette exposition qui nous permet de mieux comprendre la façon de travailler de Picasso mais nous dépeint aussi une période de l’histoire de l’Espagne.

On décrypte l’histoire de l’œuvre et la façon dont elle devenue un symbole, à l’aide d’une scénographie très simple (voire un peu austère !), mais toujours pertinente et passionnante.

Alors n’hésitez plus et allez découvrir l’exposition !

Et avant de vous quitter, un grand merci à l’équipe du musée Picasso pour cette visite et en particulier à Émilie Bouvard pour sa visite guidée passionnante et Ingrid Wlazlo pour son adorable invitation.