Chers lecteurs,

Le texte qui va suivre a été présenté à un concours organisé il y a quelques mois par la maison d’édition Grasset mais pour lequel Adeline n’a pas été lauréate 🙁 Elle a accepté de le partager avec nous, je sais qu’il fera écho à beaucoup d’entre vous 😉

Quel discours adresseriez-vous à des bacheliers et bachelières à la croisée des chemins pour les guider vers un avenir meilleur ?

(Concours Grasset)

Je sais ce que vous êtes en train de vous dire. Pourquoi est-ce que je perdrais mon temps à écouter une fille de vingt-cinq ans qui veut nous donner des conseils pour notre futur ? Qu’est-ce qu’elle y connaît à la vie, elle ? Pourquoi éprouve-t-elle le besoin de venir donner son avis, alors que des avis, on ne cesse d’en entendre à longueur de journées, même quand on ne demande rien ?

Entre nous, je connais, je suis passée par là moi aussi. Plus on se rapproche du bac, plus les personnes qui nous entourent se sentent autorisées à mettre le nez dans nos affaires, à coup de « tu es sûr de toi ? Vraiment ? », « C’est ça que tu veux faire ? Mais il y a quoi comme débouché après ça ? », « Oh tu sais, je ne me fais pas de souci pour toi, quand on veut, on peut… », « Tu veux devenir boulanger, prof, ingénieur, président de la République ? Mais tu sais, je connais le cousin d’un ami qui a voulu faire comme toi et bon… C’était compliqué… ».

Bref, si je suis là, c’est pour essayer de ne pas répéter encore et encore ce qu’on entend tout le temps. Et promis, je ne vais pas vous parler du cousin de mon ami.

Les choix que vous allez faire en sortant du bac, ils vous appartiennent. Oui, je sais, c’est un peu absurde d’arriver en vous disant « je vais vous donner des conseils » puis de poursuivre par « je n’ai rien à vous conseiller, c’est à vous de décider » mais combien sommes-nous à prendre des voies par défaut, pour faire plaisir à notre famille, pour nous assurer un sacro-saint débouché ou parce que quelqu’un, un jour, nous a dit que c’était fait pour nous ? Je ne vous dis pas de ne pas écouter les autres, évidemment (sinon il n’y aurait aucune raison d’écrire ce texte !), je vous dis simplement d’être libre de tenter, sans avoir peur de l’échec ou de la déception. Même si la voie que vous avez choisie s’avère être une impasse, ce n’est pas grave. Vous avez le droit de vous tromper, d’être déçu, de changer d’avis et même de ne pas savoir ce que vous voulez faire. Dites-vous bien qu’on ne peut rien connaître tant qu’on ne l’a pas expérimenté.

En fait, j’ai décidé de m’adresser à vous parce que je veux vous confier un secret : ce n’est pas parce qu’on a pris la mauvaise bifurcation qu’on ne peut pas revenir en arrière ou qu’on ne peut pas trouver un chemin de traverse. Rien n’est jamais terminé. Le temps où l’on s’engageait à seize ans pour faire le même boulot jusqu’à la fin de sa vie, ce n’est pas le nôtre. Il est terminé. Vous avez échoué à un concours ? Vous vous retrouvez seul à cause d’une rupture amoureuse ou amicale ? Cet échec ne définit pas ce que vous êtes ni ce que vous allez faire, bien au contraire. D’autres opportunités, d’autres personnes vont croiser votre chemin, tout au long de votre vie. Ce sont elles qui ne faut laisser s’échapper, quitte à vous rendre compte plus tard qu’elles n’étaient pas forcément les bonnes. On grandit, on change, on a de nouveaux centres d’intérêt. On a toujours le droit de changer d’avis.

Des ramifications et des chemins de traverse pour arriver à ses objectifs, ils sont innombrables. Même si vous ne les voyez pas et qu’ils sont parfois difficiles à trouver.

Mais pour moi, le plus important, c’est que vous ne vous laissiez jamais enfermer dans des cases. Que vous soyez boulanger, prof, ingénieur ou Président de la République, gardez l’esprit ouvert, soyez curieux. Soyez des personnes avec lesquelles on aime échanger et qui sont capables de s’intéresser au monde au-delà des murs de leur maison et du plafond de leur entreprise. Consultez des articles scientifiques, lisez des livres, cuisinez, participez à des débats politiques, aidez les autres, dansez ou chantez, allez au spectacle, faites des spectacles, brisez les cadres et les frontières qui existent encore et toujours entre nous pour construire un monde dans lequel nous aimerons vivre.

Enfin, c’est bien beau de rendre fier ses parents, ses amis, sa famille. Je sais qu’on nous le demande à longueur de temps. Mais en réalité, il faut surtout que vous soyez fiers de vous-mêmes. Parce que vous avez tenté, que vous avez peut-être eu peur, mais que vous l’avez fait quand même. Parce que vous avez trouvé une voie qui vous convient ou parce que vous savez désormais ce qui ne vous convient pas. Parce que vous avez fait votre possible. Il y aura toujours d’autres personnes pour vous dire que ce n’est rien. Vous êtes les seuls à pouvoir juger, à savoir que c’est quelque chose. Faites de votre mieux même s’il y a des obstacles, même si vous devez trimer à côté des études pour payer cette foutue fac, cette foutue formation, ces foutues pâtes que vous allez manger ce soir, ce foutu loyer, même si c’est difficile. Faites en sorte de ne rien regretter.

Devenez une personne dont vous pouvez être fier. Je veux qu’arrivés à mon âge, à vingt-cinq ans, vous vous disiez : « je fais de mon mieux et le reste de ma vie m’attend et cette vie sera belle ».