J’ai beau être née au début des années 1990, un an après la mort du chanteur Freddie Mercury, j’ai grandi en écoutant les tubes de son groupe, Queen. Et il faut bien le dire, sans être une fan absolue (je connais d’ailleurs assez mal leur histoire), je continue à me passer certaines de leurs chansons – et à considérer certaines d’entre elles comme mes préférées.

Alors forcément, quand j’ai appris que le film Bohemian Rhapsody sortait sur nos écrans, c’était un peu la fête pour moi. J’ai d’ailleurs foncé au cinéma le plus proche, encore plus hypée par une bande annonce qui promettait du grand spectacle.

Pour tout vous avouer, j’ai eu quand même une petite inquiétude : juste avant, je suis allée regarder rapidement les critiques sorties sur ce film. Et j’ai été très surprise de voir l’écart entre les mauvais retours presse et ceux excellents du grand public. J’ai même été carrément refroidie en découvrant l’action d’Act Up (une association qui lutte contre le Sida, maladie dont était atteint Freddie Mercury et dont il est mort) lors de la première du film, qui voulait dénoncer l’invisibilisation de cette maladie dans le long-métrage. Ne pas parler du VIH quand on fait un biopic sur le groupe et son chanteur ? Allons bon, me suis-je dit, en filant vers mon cinéma, ce serait quand même gros.

Alors verdict ?

Bohemian Rhapsody

Film de Bryan Singer, sorti en France le 31 octobre 2018.

Avec : Rami Malek, Ben Hardy, Joseph Mazzello, Gwilym Lee.

Vous l’aurez compris, le film, dont le titre provient de l’une des chansons les plus célèbres du groupe, retrace la vie et la carrière de Freddie Mercury. Du moins depuis son entrée dans le groupe Queen (qui prend ce nom quelques temps plus tard) dans les années 1970 jusqu’à leur participation à un grand concert de solidarité Live Aid en 1985. On y découvre ainsi les vicissitudes de la vie privée de Mercury en parallèle des succès que rencontre le groupe.

Du grand spectacle

Le film a réussi l’exploit de m’embarquer tout de suite avec lui – notamment grâce à une bande-son très présente et forcément enthousiasmante si l’on apprécie Queen. J’ai notamment apprécié la performance des acteurs, Rami Malek en tête, qui s’efforce de coller à la gestuelle devenue mythique de Mercury. Et ça ne marche franchement pas mal, notamment durant les scènes de concert.

On retrouve également de sympathiques personnages plus ou moins secondaires, comme les autres membres du groupe (avec des acteurs impeccables) ou les managers successifs, qui permettent d’instiller des pointes d’humour bienvenues. J’ai d’ailleurs beaucoup ri durant ces deux heures de film.

Et de manière générale, j’ai apprécié les scènes en rapport avec la musique, de sa création à sa production sur scène. Certes, tout ça est présenté de manière très rapide – du moment où Queen parvient à percer à la façon dont les membres écrivent les chansons, le brainstorming étant quand même bien souvent expédié en moins de deux -, mais j’ai tout de même apprécié de voir leur travail, l’exigence de Mercury et finalement le partage des rôles au sein du groupe, beaucoup plus égalitaire que l’on pourrait le penser, même si c’est Mercury qui occupe le haut de l’affiche. Quelques autres passages touchants font bien leur boulot (même si je reconnais qu’elles sont un peu tire-larmes). Après tout, c’est ce qu’on pouvait demander au film, d’offrir un grand spectacle.

Un biopic loin de la vérité ? (ATTENTION, SPOILERS)

Ceux qui connaissent peu Queen ne s’en rendent peut-être pas compte et sans doute cela n’a pas gâché leur plaisir de visionnage. Mais ce grand spectacle repose malheureusement en partie sur des arrangements avec la vérité.

Je ne vais pas en faire la liste ici, ces erreurs ont été signalées par de nombreux sites ou articles. En soit, je comprends qu’il faille faire des concessions : ça reste un film et pour les besoins de la dramaturgie, il est parfois nécessaire de modifier des bouts de chronologie (il faut bien que ça rentre dans un format cinéma). Mais dans le cas de Bohemian Rhapsody, cela transforme largement la vie de Freddie Mercury et le sens de certaines scènes, non sans une certaine malhonnêteté. Pour ne donner que quelques exemples, Freddie Mercury apprend sa séropositivité peu avant le concert de Live Aid dans le film, alors qu’en réalité cette annonce n’a lieu que deux ans plus tard. Certes, ce changement insuffle plus de drame au concert de Live Aid (en gros Freddie Mercury sait qu’il va mourir…) mais était-ce vraiment nécessaire ? Est-ce que cela ne relève pas d’un mensonge et ne transforme pas le regard que l’on porte sur le Live Aid ?

Plus grave peut-être, le rôle accordé à l’un des amis de Mercury, Paul Prenter, devenu dans le film le grand méchant de l’histoire, capable de toutes les manipulations – quitte encore une fois à tordre la réalité, puisqu’on y sous-entend qu’il a fait plonger Mercury dans la médiocrité musicale et a séparé le groupe (ce qui est faux, donc). Le véritable Prenter, mort du Sida, n’est malheureusement plus là pour se défendre.

On retiendra aussi ce passage où Mercury annonce qu’il quitte le groupe pour réaliser deux albums solo, traité comme un moment d’égoïsme de la part du chanteur. Le film oublie un peu vite que les autres membres de Queen ont eux-mêmes fait des albums solos avant Mercury, et que le groupe ne s’est en réalité jamais séparé. C’est d’autant plus malhonnête que deux des membres du groupe sont les producteurs du film et qu’ils ont validé le script.

Le problème de tout cela, c’est qu’on coche petit à petit toutes les cases du cliché de la star (ou la diva) paumée qui ne trouve son salut que dans son groupe (« sa famille ») et manipulé par son entourage qui le pousse aux excès, qui finit par revenir sur le bon chemin pour abandonner alcool et drogues et avoir une vie rangée. Or la réalité est plus complexe – et donc plus intéressante – que ça.

Freddie Mercury, l’icône gay

Dommage aussi d’insister autant sur son premier amour, une certaine Mary. Certes, elle a été importante pour Mercury mais elle occupe littéralement les trois quarts du film. Jusqu’au malaise, pour ma part, car à l’inverse, aucune histoire d’amour gay n’est réellement développée.

Alors oui, les critiques n’ont pas tort quand ils écrivent que l’homosexualité et la séropositivité de Mercury sont absentes du film, même si je dirais plutôt qu’elles sont très maltraitées, à un point que je ne pensais plus voir possible à Hollywood. Ainsi, c’est en prenant conscience de son homosexualité que la vie de Mercury semble partir en live : il se transforme en diva, prêt à tous les excès au détriment de sa santé et de sa musique. La ville de Munich où il vit pendant un certain temps, pourtant phare de la scène gay, d’une vitalité culturelle énorme dans ces années-là et où Mercury était heureux de passer inaperçu (puisqu’il n’y était pas reconnu dans la rue) est réduite à un lieu débauche condamnable. Pire encore, c’est juste après qu’il décide de se ranger (grâce à l’intervention de Mary) que Mercury apprend qu’il a le Sida, dans une sorte de lien de cause à effet encore une fois assez malhonnête, puisqu’en réalité ce n’est que des années plus tard qu’il le découvre.

Et on n’aura pas le temps de le découvrir gay et heureux en couple ou encore se battant contre sa maladie, puisque le film se termine au moment où il décide d’avoir une relation stable et apprend la nouvelle. Débrouillez-vous avec les quelques phrases pré-générique. Et sans The Show must go on, peut-être l’une des plus belles chansons de Queen, écrite plus tard, alors que Mercury se meurt.

On va me rétorquer que Mercury ne voulait pas parler de sa sexualité ou de sa maladie en public. Alors certes, mais il s’agit d’un film sur sa vie privée : vu la place que cela occupait, c’est absurde de passer à côté de ça. D’autant que, faute de précisions sur la société de l’époque, pourtant très homophobe, on ne comprend pas bien pourquoi le chanteur le cache, ni même les enjeux du coming-out potentiel.

Bref, de l’ambiguïté de Mercury, devenu icône gay sans jamais parler de son homosexualité au grand jour, vous n’en verrez quasiment rien.

Un divertissement paresseux

Ne vous y trompez pas. Malgré ma critique assez féroce, je n’ai pas passé un mauvais moment devant ce film que j’ai trouvé assez entraînant même si je suis ressortie déçue de la salle de cinéma pour toutes les raisons évoquées plus tôt. Et je comprends pourquoi il fonctionne. Il est un divertissement efficace, même s’il a de gros sabots.

Car oui, ce film est avant tout paresseux. Il ne prend pas de risques dans le scénario, il ne prend pas de risques dans le traitement du personnage (histoire que le film puisse être vu par le plus grand nombre, il ne s’agirait pas de voir Mercury au lit avec un homme…) et il donne une très bonne image de Queen, ce qui est un beau coup de com’ pour le groupe.

J’en veux pour symbole ce final, cette reconstitution des 20 minutes du concert de Live Aid. C’est une belle performance d’acteurs, assez ratée techniquement (j’ai trouvé la foule en image de synthèse bien horrible, mais ça illustre bien l’absence totale du public de Queen dans ce film), mais dont l’utilité continue à m’échapper. Les images du Live Aid, on les a. Pourquoi les filmer à nouveau avec un faux Mercury ? Quel intérêt ?

En conclusion, c’est pour moi un film qui se regarde non sans plaisir (merci la musique de Queen). Mais qui n’est franchement pas à la hauteur de Freddie Mercury.

L’avez-vous vu ? Qu’en avez-vous pensé ? Et de manière générale, appréciez-vous les biopics musicaux ? J’attends vos avis pour échanger avec vous dans les commentaires !