Un roman coup de coeur sur fond de Première guerre mondiale

Culture

Chers lecteurs, chères lectrices,

Aujourd’hui, à l’occasion du centenaire de l’armistice du 11 novembre 1918, je viens vous parler de l’un de mes coups de cœur de l’année 2017, le roman L’été avant la guerre d’Helen Simonson, paru aux éditions Nil en 2016 (et disponible depuis quelques mois en version poche).

J’avoue avoir eu un peu peur en me lançant dans ce pavé de plus de 600 pages. Non pas que la longueur soit quelque chose qui m’effraie en soit, mais je craignais surtout de m’embarquer pour des semaines et des semaines dans un récit assez moyen, vu mon emploi du temps assez chargé. Et pourtant, même si j’ai lu en parallèle un autre livre (qui était dans un format transportable dans les transports en commun, lui), j’ai littéralement dévoré cet ouvrage en quelques jours tout en me laissant prendre dans l’histoire des habitants du petit village anglais de Rye à la veille de la Première Guerre mondiale.

Mais commençons plutôt par le commencement.

L’été avant la guerre : de quoi ça parle ?

Le résumé de la quatrième de couverture a lui aussi participé à mon hésitation à la lecture de ce roman, puisqu’il présente l’ouvrage comme une sorte de bluette sentimentale un peu niaise. Or vous le savez peut-être, si vous avez déjà lu ma critique du dernier livre de Lenormand, ce n’est clairement pas ce que je préfère dans le domaine de l’historique, parce que je trouve toujours cela très cliché. En réalité, L’été avant la guerre va bien au-delà de cette histoire d’amour.

L’été avant la guerre, Helen Simonson

Le récit commence lorsque la jeune Beatrice Nash arrive dans la petite ville de Rye dans le sud de l’Angleterre à l’été 1914. Sans le sou, celle qui se rêve écrivaine a été contrainte de trouver un emploi rémunéré, elle doit devenir maîtresse de latin à Rye, avec le soutien d’une Lady locale et surtout d’Agatha Kent, une riche bourgeoise, laquelle accueille toutes les vacances ses deux neveux dont l’amitié est indéfectible.

À travers les yeux de Beatrice, d’Agatha, de son neveu Hugh ou d’un jeune garçon du village, méprisé car d’origine gitane, on découvre donc les convenances qui régissent la société anglaise de l’avant Première Guerre mondiale, avec son lot d’injustices et de misogynie. Évidemment, l’entrée en guerre bouleverse considérablement le quotidien en envoyant les hommes à la guerre et secoue les conventions et les traditions, notamment avec l’arrivée de réfugiés belges.

Pourquoi faut-il lire ce roman ?
  • Pour son féminisme. Je vais en reparler plus loin, de nombreuses thématiques sont abordées dans cet ouvrage, mais le fil rouge, c’est bien la condition féminine dans l’Angleterre du début du XXe siècle. Par petites touches, en confrontant les personnages féminins et leurs aspirations à la réalité de leur quotidien, l’auteure laisse percevoir le carcan dans lequel elles sont obligées de vivre. Beatrice se rêve indépendante mais ne peut gérer elle-même son argent. La pauvre Céleste n’a plus le choix de son destin à cause de rumeurs sur son « manque de respectabilité ». Même le personnage assez agaçant de Lucy perce sa carapace en avouant qu’elle n’a aucune envie de subir l’avenir décidé par son père. On se rend bien compte que les choses sont en train de changer, notamment avec l’arrivée de la guerre, mais l’injustice de certaines situations demeure assez incroyable. Heureusement, le roman met en scène des femmes indépendantes et pleines de caractère, comme Beatrice elle-même, Agatha ou les rafraichissantes suffragettes venues de Londres dont les habitants du village se moquent mais qui n’ont que faire du qu’en dira-t-on.

  • Pour ses personnages imparfaits. Pour moi, l’une des grandes forces de ce roman, c’est la galerie de personnages qu’il met en scène, notamment les narrateurs (Beatrice, Agatha, Hugh, Snout). Tous sont très bien travaillés, ont leurs points forts et leurs faiblesses qu’ils ont l’honnêteté de reconnaître. Beatrice se veut libre mais découvre qu’elle est encore pleine de préjugés qu’elle doit dépasser. Hugh est d’abord un médecin qui veut assurer sa carrière quitte à se marier par intérêt, un peu trop raisonnable mais qui soutient son cousin et meilleur ami envers et contre tout, avant de se remettre en question avec l’arrivée de la guerre. J’ai adoré les suivre dans leurs évolutions, en apprenant qu’aucun d’eux n’était absolument admirable, ou complètement détestable. En bref, ils sont gris et terriblement réalistes.

  • Pour la grande variété de ses thématiques. Je l’ai dit, pour moi, le thème principal est celui de la condition féminine. Toutefois, l’auteure, à travers sa description de toute une société de campagne anglaise, aborde un grand nombre de sujets très variés, toujours avec beaucoup de subtilité. La xénophobie, l’homosexualité, la poésie, les différences entre les classes sociales et bien évidemment la guerre et ses terribles tranchées sont autant de thématiques qui nourrissent ce roman. Pour autant, rien n’est jamais complètement plombant, car l’humour est aussi très présent.

  • Pour son écriture. J’ai lu cet ouvrage en français donc je ne vais pas pouvoir analyser en détail le style d’Helen Simonson ! Toutefois, j’ai trouvé cette écriture élégante, souvent drôle, dans la droite lignée des grands romanciers britanniques.

  • Pour son originalité. Partout où j’ai pu lire des critiques sur ce roman, on le comparait à ceux de Jane Austen ou à la série télévisée Downton Abbey. J’avoue comprendre les parallèles (le style pour Austen, la période pour DA), mais ne pas totalement y adhérer. Certes, L’été avant la guerre demeure bienveillant avec ses personnages et romanesque, mais il décrit une Angleterre bien loin du fantasme des deux œuvres citées ci-dessus. Les personnages ne sont pas exempts de bassesse, on accueille avec circonspection les réfugiés (et on se bat pour avoir les « meilleurs ») ou encore les blessés de la guerre, on ne veut pas croire aux chances de réussites du fils des gitans méprisés et discriminés et on envoie les jeunes hommes à la mort avec des parades et des fêtes foraines. Helen Simonson réussit à garder un équilibre avec la légèreté de certaines intrigues et le drame de la Première Guerre mondiale, nous montrant, encore une fois, que rien n’est tout blanc ou tout noir.

Vous l’aurez compris, j’ai adoré ce roman qui est l’un de mes énormes coups de cœur ! L’avez-vous lu ? Si oui, qu’en avez-vous pensé ? Et si non, êtes-vous tentés ?

Pour ma part, je crois avoir convaincu Clélia de s’y mettre (et c’est déjà une belle réussite).

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2 Commentaires

  1. Cette chronique m’a convaincu ! Je suis bien tentée par la lecture de ce roman. Merci 🙂
    Un petit peu dans le même style (d’après ce que je lis de ta chronique), je te recommande « Le manoir de Tyneford » de Natasha Solomons et « Les brumes de Riverton » de Kate Morton.

    https://thecosmicsam.com/2017/09/28/le-manoir-de-tyneford-natasha-solomons/

    https://thecosmicsam.com/2017/01/19/les-brumes-de-riverton-kate-morton/

    • Oh mais je suis ravie de voir que j’ai pu donner envie de lire ce livre : j’espère qu’il te plaira autant qu’à moi !

      Un grand merci pour les liens. Je découvre ton (très beau) blog et les deux titres que tu me suggères me donnent très envie. Les thématiques sont alléchantes, je vais tenter de me les procurer prochainement :).

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